Ecole Néo-Classique

 

Ecole neoclassique sur wikipedia Le monde politique ecole neo classique

 

 I - L'utilité marginale, concept fondateur de la théorie Néo-Classique

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Le terme Néo-Classique a été inventé par Thorstein Veblen en 1900 pour désigner les économistes qui à partir de 1871 ont intégré la notion d'utilité marginale initiée par Stanley Jevons (école de Cambridge) et Carl Menger (école de Vienne), sans mentionner Léon Walras (école de Lausanne). Les "classiques" sont Adam Smith et David Ricardo, qui ont vécu la 1ère révolution industrielle anglaise (coton, fonte et charbon).

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II - Les écoles du courant Néo-Classique

Précurseur de l'Ecole Autrichienne et de l'Ecole des Choix Publics

Les fondateurs

Français

Ecole de Lausanne

Britannique

Ecole de Cambridge

Autrichien

Ecole Autrichienne de Vienne

Ecole Néo-Classique de Cambridge

L'école Néo-Classique proprement dite est celle de Cambridge. et des Néo-Walrassiens, ceux qui sont restés fidèles à la doctrine de l'école de Lausanne. L'école de Vienne diverge sur la méthodologie, la neutralité de la monnaie.......

Ecole Autrichienne de Vienne

 Carl Menger, qui était l'un des économistes-bureaucrates de l'Empire Autrichien, n'était pas contre l'intervention de l'Etat, à condition qu'elle se fasse en connaissance des mécanismes économiques et qu'elle ne perturbe pas le marché.

L'école Autrichienne ne deviendra très critique envers l'État qu'à compter des années vingt et de l'opposition de Ludwig von Mises et de Friedrich von Hayek aux planificateurs socialistes.

L'école Autrichienne de Vienne diverge de l'école de Lausanne et de l'école de Cambridge sur la méthodologie (refus de la modélisation mathématique et des concepts macro-économiques) et  une partie de la théorie économique (les agents économiques ont une information limitée et subjective, opposition sur la neutralité du rôle de la monnaie). Ce courant va donner naissance à un ultra-libéralisme très idéologique.

Murray Rothbard (1926 - 1995)

Américain

Elève de Ludwig von Mises

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Ecole de la Synthèse Néo-Classique

À partir des années 1930, suite aux travaux de John Hicks le courant Walrasien va prendre une place croissante et incorporer une partie de l'apport Keynésien à travers la Synthèse Néoclassique. Cette évolution va conduire les économistes dits « Autrichiens » à se considérer de plus en plus comme hors de l'école Néo-Classique et à approfondir ce qui les différencie des autres courants marginalistes.

III - Les contemporains "Néo-Libéraux"

La crise des années 30 affaiblit le courant Néo-Classique, dont une partie cherche à faire une synthèse avec Keynes dès 1937 (l'école de la Synthèse Néo-Classique).

En Europe, les économistes de l'Ecole de Vienne fuient le Nazisme, pour se réfugier aux USA (Ludwig von Mises) ou au Royaume-Uni (Friedrich Hayek). Ils se radicalisent contre le contrôle de l'économie par l'Etat.

Aux USA, les économistes de l'Ecole de Chicago cherchent à réinventer le Néo-Libéralisme pour trouver une explication à la crise de 1929 et aider les Etats à relancer l'économie tout en préservant une liberté maximale au marché.

L'Ecole de Chicago donne naissance à l'Ecole des Nouveaux Classiques et au Monétarisme. Ces Néo-Libéraux s'opposent aux politiques d'intervention étatique néo-keynésiennes. Le débat théorique évolue vers un affrontement idéologique entre les néo-keynésiens, qui veulent toujours plus d'Etat, et les néo-libéraux, qui considèrent que c'est l'action de l'Etat qui perturbe le bon fonctionnement du marché.

L'école des Choix Publics ne se prononce pas sur l'importance de l'Etat, mais sur la qualité de son action. Le clientèlisme politique a rendu les Etats Keynésiens obèses et inneficace. L'école des Choix Publics vise à faire maigrir l'Etat, le muscler et rendre son action plus efficace.

Les Néo-Walrassiens approfondissent le modèle de l'équilibre général de Walrass. Ce sont les économistes qui restent le restant plus proche des fondateurs de l'école Néo-Classique, qui pensaient que l'efficacité d'un marché libre pouvait être consolidée par une intervention pertinente de l'Etat (Leon Walras se définissait lui même comme un "socialiste scientifique").

Ecole de Chicago

Le Monétarisme

Américain

Prix Nobel 1976

Les Nouveaux Classiques

L'Ecole des Choix Publics

Les Néo-Walrassiens

 

 

III - Contexte historique : 1830-1914

A partir de 1776, l'école classique, contemporaine de la naissance de la première révolution industrielle en Angleterre (coton, fonte, charbon), démontre que les manufactures et le commerce sont devenus les principales sources de création de richesse. A une époque où les produits manufacturés restent très rares, leur valeur est définit par la valeur travail. Toute l'analyse de l'Ecole Classique part de la production.

Un siècle plus tard, l'école néo-classique, contemporaine de la deuxième révolution industrielle (chemins de fer), est confrontée aux crises récurrentes du XIXème siècle. Elle doit reconstruire l'économie politique sur de nouvelles bases, notamment à partir de la notion de l'utilité marginale qui explique que le prix d'un produit peut être déconnecté de la valeur du travail qui a été nécessaire pour le produire. Pour l'école Néo-Classique, c'est l'échange qui est au centre du système économique.

Dans un contexte du triomphe du scientisme, les néo-classiques de l'école de Lausanne et de l'école de Cambridge cherchent à donner une légitimité scientifique à l’économie, en faisant appel aux mathématiques.

L'école de Vienne diverge des deux autres sur la méthodologie (refus de la modélisation mathématique), qui est en fait une divergence sur les concepts (l'individualisme méthodologique de l'Ecole de Vienne conduit à réfuter le modèle macro économie de l'équilibre général walrassien).

 

IV - L'analyse néo-classique

Les œuvres fondatrices du courant néoclassique sont :

Apparemment, ces trois fondateurs du mouvement ne se sont jamais rencontrés et n'ont échangé aucun élément de leurs recherches respectives avant la publication de ces trois ouvrages. Ils ont donné naissance à trois écoles distinctes :

Il existe néanmoins des différences importantes entre ces trois approches. Carl Menger s'est notamment opposé vigoureusement à Léon Walras quant à la conception même de la discipline économique et en particulier l'usage des mathématiques, à tel point qu'il est quelque peu abusif d'inclure la tradition autrichienne dans l'école Néo-Classique. On ne peut cependant l'exclure, car ce sont les économistes de l'Ecole de Vienne qui , ayant du fuir le nazisme, ont importé aux Royaume Uni et aux USA une critique virulente contre l'intervention de l'Etat dans l'économie, qui sera l'un des fondements du Néo-Libéralisme contemporain.

 

2.1   Postulats de la théorie Néo-Classique

Ecole Classique de Lausanne et de Cambridge

  1. Les phénomènes économiques peuvent et doivent être étudiés à l’aide des mêmes méthodes que les phénomènes physiques.
  2. Les agents sont rationnels : leurs préférences peuvent être identifiées et quantifiées.
  3. Les agents cherchent à maximiser l'utilité des biens consommés, tandis que les entreprises cherchent à maximiser leur profit.
  4. Les agents agissent chacun indépendamment, à partir d'une information complète et pertinente.
  5. Neutralité de la monnaie  : ce sont les prix qui s'ajustent, pas les quantités produites.
  6. L'Etat ne doit pas perturber le marché par ses interventions dans le domaine économique, mais il reste nécessaire dans le domaine social (L"on Walras se désignait lui même comme "un socialiste scientifique").

Ecole de Vienne

  1. L'individualisme méthodologique : l'analyse économique doit partir de la connaissance des comportements individuels des agents économiques, qui sont les seuls à savoir la valeur qu'ils donnent aux objets. Seul le marché permet de coordonner efficacement les préférences de chacun.
  2. L'individualisme méthodologique conduit à rejeter les modèles mathématiques macro-économiques, car il n'est pas possible d'agréger les préférences individuels.  
  3. L'entrepreneur est au coeur de l'activité économie. C'est un facteur de production au même titre que le capital financier et le travail. Le profit est la rémunération de l'entrepreneur et une mesure de l'intérêt de son entreprise pour ses clients (si elle est inutile elle doit disparapitre pour libérer le capital et le travail pour d'autres activités plus utiles).
  4. L'Ecole de Vienne récuse le postulat d'une information complète est pertinente. Ce sont les prix de marché qui sont le reflet de toute l'information disparate de l'économie.
  5. L'Ecole de Vienne récuse le postulat de la neutralité de la monnaie
  6. Il est impossible pour l'Etat de posséder toute l'information disponible en matière de coûts et de préférences dans la société. Toute intervention de l'Etat est nuisible, même dans le domaine social.

À partir de ces postulats, les économistes Néo-Classiques construisent une théorie de l’allocation des ressources rares à des fins alternatives, ce qu’ils considèrent généralement comme la définition de la discipline économique. Les prix, les quantités produites et la distribution des revenus résultent du fonctionnement du marché selon l’offre et la demande.

À titre d’exemples :

2.1   Reprise d'une partie des concepts de l'Ecole Classique

Les économistes Neo-Classiques s’accordent sur certains concepts de l'Ecole Classique, tels que :

Comme l'Ecole Classique, l'Ecole Néo-Classique souhaite encadrer la concurrence par des lois anti-positions dominantes, pour préserver le libre jeu d'un marché soumis à une concurrence « pure et parfaite ». Certains auteurs comme Oskar Lange ont même utilisé les thèses Néo-Classiques pour prôner un contrôle étatique de l'économie, où le jeu du marché serait remplacé par la planification centralisée reposant sur un calcul d'optimisation.

Les premiers auteurs Néo-Classiques (à l'exception de Carl Menger) adoptent l'idée de la neutralité de la monnaie (la monnaie n’affecte pas la production, le revenu réel, l’investissement, l’épargne ou les prix relatifs). Fisher (école de Cambridge) reconnaît qu’il ne fait « qu’apporter une restauration et une amplification de la vieille théorie quantitative de la monnaie » avec son équation (1911) : MV = PT (M = masse monétaire, V = vitesse de circulation de la monnaie, P = niveau général des prix, T = volume des transactions).

 

2.2   Abandon d'une partie de la théorie de l'Ecole Classique

Les Néo-Classiques abandonnent quelques concepts de l'Ecole Classique :

 

2.3   Les nouvelles théories de l'Ecole Neo-Classique

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Une nouvelle théorie de la valeur : la notion d'utilité marginale

Les néoclassiques introduisent la notion d’utilité marginale, concept qui se situe au carrefour entre la notion d'utilité et celle de rareté. La valeur dépend de l’utilité qu’apporte la dernière unité consommée, utilité qui est elle-même décroissante. Ainsi c’est toute l’analyse Néo-Classique qui dérive d’une étude à la marge des phénomènes économiques.

Adam Smith avait déjà pointé du doigt le paradoxe de l'eau et du diamant :  comment expliquer qu'un bien comme l'eau, si utile qu'elle est indispensable à la vie, ait une valeur si faible, alors qu'un objet de luxe, comme le diamant, vaille si cher ?
La théorie de Say faisant dépendre la valeur de l'utilité semblait elle aussi se heurter à ce paradoxe.
Le paradoxe sera levé avec le courant Néo-Classique qui, tout en repartant des thèses de Say, les formalisera et leur donnera une expression plus approfondie et plus rigoureuse. Les néoclassiques avancent que l'utilité qui intervient dans la formation de la valeur n'est pas l'utilité totale (ou moyenne) du bien, mais son utilité marginale, c'est-à-dire l'utilité que le consommateur attribue à une unité supplémentaire du bien. Or, pour la quasi-totalité des biens, si ce n'est pour tous, cette utilité marginale est décroissante : la première baguette de pain est d'une très grande utilité, la seconde un peu moins, la troisième encore moins, etc. Ainsi, le paradoxe de l'eau et du diamant se trouve-t-il levé : si le diamant est beaucoup plus cher que l'eau, c'est parce que sur le marché, ne se confrontent pas leur utilité globale, mais uniquement l'utilité procurée par une unité supplémentaire de diamant et par une unité supplémentaire d'eau. Et là, il devient tout à fait possible que le premier diamant, qui est rare, soit plus utile que le cinquantième litre d'eau.
A la valeur-travail "objective" de l'Ecole Classique s'oppose une conception subjective de la valeur-utilité marginale de l'Ecole Néo-Classique :
  • Valeur travail : l'utilité est une simple condition de la valeur (un objet doit être utile pour être produit et pour avoir une valeur). Mais la grandeur de cette valeur est fixée par un facteur objectif, totalement indépendant de la conscience humaine, en l'occurrence, la quantité de travail nécessaire pour la production.
  • Valeur utilité : le facteur subjectif, la conscience humaine, ses désirs, ses envies, interviennent pour fixer la valeur des biens. Un bien utile a d'autant plus de valeur qu'il est rare et que sa nécessité se fait sentir (un litre d'eau a plus de valeur dans le désert qu'au bord d'une rivière).
« Le travail, une fois qu’il a été dépensé, n’a pas d’influence sur la valeur future d’un objet : il a disparu et est perdu pour toujours » (Jevons).
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Il faut également remarquer que la théorie de la valeur-utilité rend caduque la distinction établie par Ricardo entre biens reproductibles et biens non reproductibles (oeuvres d'art, livres anciens). Cette distinction était indispensable dans le cadre d'une théorie de la valeur-travail, dans la mesure où les biens non reproductibles ne peuvent, par définition, être reproduits par le travail humain. Ils étaient donc explicitement exclus du champ d'application de la valeur-travail. Or, la valeur-utilité n'a pas besoin de s'embarrasser d'une telle distinction : pour elle, tout bien, du moment qu'il a une utilité et qu'il subit une contrainte de rareté, possède par là-même une valeur, autrement dit un prix.

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La valeur des biens dépend à court terme de l'utilité marginale, à long terme du coût de production

L’offre d’un bien est fonction des coûts de production, et la demande est fonction de son utilité.
Marshall (école de Cambridge) va tenter d’effectuer un lien entre la théorie de la valeur-travail et la théorie de la valeur-utilité : à court terme, la valeur des biens dépend de la demande (car la capacité productive n’a pas le temps d’augmenter) ; à long terme, elle dépend des coûts de production (s'il y a sur production, les entreprises réduisent la production pour faire remonter la valeur de l'utilité marginale jusqu'au niveau de la valeur travail, inversement en cas de forte demande, la production augmente jusqu'à ce que la valeur de l'utilité marginale tombe au niveau de la valeur travail).
Cette théorie permet d'expliquer le comportement des entreprises, comme des consommateurs, dans leur recherche d'optimisation de profits.

L'utilité-marginale est un outil d'analyse technique et non un concept théorique spécifique de l'école Néo-Classique

Selon J. Schumpeter, l'utilité-marginale est un outil d'analyse technique et non un concept théorique qui caractérise l’essentiel de la démarche Néo-Classique. Il écrit à propos: « On en vient bientôt à considérer que le marginalisme était le trait distinctif d’une école particulière : mieux encore on lui prétend une connotation politique… En bonne logique, il n’y a rien qui justifie cette interprétation. Le principe marginal est, en soi, un outil d’analyse ; on ne peut éviter de l’utiliser dès lors qu’advient l’époque de l’utiliser. Marx aurait eu recours sans la moindre hésitation s’il était né cinquante ans plus tard. Il ne peut pas plus servir à caractériser une école d’économistes que l’usage du calcul ne permet de caractériser une école ou un groupe des savants en mathématiques ou en physique ».

Le libre jeu des marchés conduit à un équilibre optimal des marchés

Alors que l'Ecole Classique considère que les marchés convergent vers l'équilibre, les Néo-Classiques affirment que les marchés sont par nature équilbrés et que tout déséquilibre ne peut venir que de l'extérieur (intervention de l'Etat, guerre....).

Le processus  de maximisation des agents (utilité marginale des consommateurs, profit des entreprises) conduit à un équilibre du marché des bien et du marché du travail.

L'analyse néoclassique démontre que, sous réserve d'acceptation des postulats fondateurs, les mécanismes du marché jouent un rôle régulateur qui conduit à un équilibre optimal du système économique. Pour les néoclassiques, les crises économiques sont liées à des événements extérieurs qui perturbent le bon fonctionnement du marché (interventions publiques, chocs pétroliers…), ces crises se résolvant d'elles-mêmes en situation de concurrence pure et parfaite.

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Il ne peut y avoir de chômage durable dans un marché du travail concurrentiel

Les néo-classiques considèrent qu’il ne peut exister de chômage durable car le marché crée automatiquement un équilibre entre l’offre et la demande de travail. Ainsi, le plein emploi est automatiquement atteint si rien ne vient perturber le marché. En effet, si à un moment donné, l’offre de travail (par les travailleurs) est supérieure à la demande, la concurrence qui s'instaure entre les travailleurs conduit nécessairement à la diminution des salaires. Puisque le coût du travail diminue, la demande de travail (des entreprises) augmente et résorbe le chômage. Ainsi, l’équilibre revient naturellement.

Ce n’est donc qu'à cause des interventions de l'Etat et des syndicats que le marché ne parvient pas à s’équilibrer automatiquement. Le chômage est donc volontaire : c’est parce que les travailleurs refusent la baisse de salaire que le chômage existe.

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Il ne peut y avoir de crise de surproduction dans un marché soumis à libre concurrence.

Selon les néo-classiques, la crise de surproduction ne peut pas exister : à l’offre de produit sur un marché correspond nécessairement une demande égale. Les forces de marché s’exerçant librement, le prix baisse jusqu'à ce que la production finisse par se vendre. S’appuyant sur la loi des débouchés de Say, les néo-classiques, qui considèrent que la monnaie n’est qu’un moyen de transaction, pensent que le revenu est entièrement consommé par les ménages.

Pourtant, seule une partie du revenu est consommé directement, l’autre est épargnée et servira pour l’achat de biens d’équipement ultérieurs. Cette conception semble donc peu fiable dans la mesure où elle considère seulement la monnaie comme un instrument d’échange.

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La théorie de l’équilibre général de Walras

Alfred Marshall a élaboré la théorie de l’équilibre partiel en ne prenant en compte qu'un marché. Ainsi, en se plaçant sur un seul marché, il montre comment l’offre et la demande s’équilibrent, cela, indépendamment des autres marchés. Mais l’équilibre partiel d’un marché a nécessairement des incidences sur les autres marchés. En effet, une modification du salaire, sur le marché du travail, entraîne des modifications sur le marché des biens de consommation par exemple.

Léon Walras va donc montrer qu'il existe une interdépendance entre les marchés. Pour comprendre le phénomène, il prend l’exemple du commissaire priseur : par ses annonces, l'offre et la demande parviennent à s’accorder. C’est donc par le jeu des tâtonnements progressifs sur le marché que l’équilibre s’établit. Ce concept s'applique à tous les marchés, ce qui conduit à créer une situation d’équilibre général. Sur la base de cette théorie, Pareto va montrer qu’il existe un optimum au-delà duquel la satisfaction d’une personne entraînera nécessairement l’insatisfaction d’une autre.

Walras considère que les marchés doivent, pour atteindre l'équilibre, reposer sur la libre concurrence.

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L'Etat ne doit jamais entraver le marché

Pour les néo-classiques, les marchés convergent naturellement vers l'équilibre et il ne peut pas y avoir de crises économiques.

Si dans le monde réel il y a bien des crises économiques, c'est à cause des interventions de l'Etat qui faussent le bon fonctionnement des marchés.

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L'individualisme méthodologique

Les phénomènes généraux sont déterminés par l’agrégation des comportements individuels des agents, une position appelée individualisme méthodologique. Les institutions, dont on peut penser a priori qu’elles conditionnent les comportements individuels, ne reçoivent que peu d’attention.

Ces individus sont reliés entre eux exclusivement par des marchés et mus par leurs seuls intérêts individuels qui convergeraient vers l'intérêt général.

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Les mathématiques comme nouvelle approche de l'économie de l'école de Lausanne et de l'école de Cambridge

Les économistes de l’école de Cambridge et de l'école de Lausanne développent une formalisation mathématique de l’économie. Leurs analyses mathématiques (la microéconomie) reprises par la plupart des économistes depuis cette époque, débouchent dans leur forme la plus aboutie sur la notion d’équilibre économique : une formalisation mathématique abstraite présentant des modèles d’économies idéales et optimales mais reposant sur des hypothèses théoriques imparfaitement vérifiées dans la réalité.

Ces nouvelles méthodes de formalisation mathématique ne substitue pas les sciences exactes aux sciences humaines dans la recherche économique, mais viennent la compléter.

Dans son ouvrage Traité d’économie politique pure (1874), Léon Walras s’attache à développer une formalisation d’une économie idéale dont il sait qu’elle ne peut pas exister (d’où l’usage du mot « pure »). Considérant les différentes imperfections de l’économie réelle par rapport au modèle idéal, il définit un rôle à l’État dans la mise en oeuvre d'une « politique économique appliquée » et d'une « économie sociale », qui divergent  l’économie pure.

Pour Léon Walras, il n’y a aucune supériorité du concept théorique d’équilibre général de l'économie pure sur les deux autres dimensions de l’économie dans le monde réel.  Il explique que « leurs critères respectifs sont :

L'économie pure ne sert pas à définir l'économie appliquée et l'économie sociale, met à mettre en évidence les imperfections du monde réel pour éventuellement y remédier.

L'approche psychologique des comportements individues de l'école de Vienne

L'usage des mathématiques  est fortement critiqué par Carl Menger et les autrichiens, pour qui l'économie ne peut être que qualitative.

L'école de Vienne récuse les modèles macro-économiques, car leur démarche par de l'observation des comportements individuels des agents économiques.

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IV - Limites de l'analyse néo-classique

3.1  L'impensable de la pensée de l'école Néo-Classique : les conflits entre classes sociales n'existent pas

 Selon la doctrine de l'école Néo-Classique, la société est composée d'individus mus exclusivement par leur seul intérêt individuel et reliés entre eux uniquement par les marchés. Il ne peut pas y avoir de classes sociales, puisque celles-ci n'existent pas.

Cette impensée de l'école Néo-Classique est totalement démentie par les neuro-sciences, qui constatent que dans toutes les civilisations, l'être-humain à une empathie plus forte pour les individus qui appartiennent à son groupe familial, social, national, religieux et ethnique.

Des psychologues américains ont montré que plus une personne possède un fort réseau social, plus elles "infrahumanise" ceux qui n'en font pas partie (c'est à dire qu'elles ont moins d'empathie pour ceux qui ne font pas partie de leur réseau social). -Emmanuel Monnier - Sciences et Vie Juin 2015.

Ceci explique le repli en vase clos des élites et leur mépris pour le reste de la société. Le même phénomène est observé dans la nomenclatura du pouvoir chaviste ou dans les "régimes spéciaux" de la fonction publique française.

Les idéologues ultra libéraux qui nient les classes sociales pratiquent une ségrégation sociale par l'argent tout au long de leur vie, que ce soit pour l'éducation, le mariage, la carrière professionnelle ou les loisirs (clubs de Golf).

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Le concept de "chômage volontaire" est une justification idéologique des conditions de travail indignes des ouvriers du XIXe siècle

Selon la théorie néo-classique, tout chômeur est un "chômeur volontaire", même si le salaire qui lui est offert ne lui permettrait pas de survivre. Ce concept de "chômeur volontaire" dans un XIXeme technique et utilitariste a servit de base idéologique à l'exploitation ouvrière de la 2ème Révolution Industrielle.

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3.2 Les hypothèses à la base de la théorie néo-classique sont fausses

Contrairement à la théorie économique néo-classique, dans le monde réel :

Au départ, c'est hypothèses ont pu être formulées pour lister les bases du bon fonctionnement d'un marché libre et concurrentiel et orienter les politiques économiques :

Mais avec les Néo-Libéraux du XXeme siècle, cette approche pragmatique de l'école Néo-Cassique des années 1870 a fait place à une approche idéologique, où de simples hypothèses de travail sont devenus des certitudes, pour ne pas dire des croyances quasi-religieuses.

3.3   Les acteurs économiques ne sont pas toujours rationnels

L’hypothèse selon laquelle les humains agissent de façon rationnelle ignore des aspects importants du comportement humain. L’« homme économique » (homo economicus) peut être considéré comme notablement différent des hommes dans le monde réel. Même l’hypothèse des anticipations rationnelles introduite dans des modèles néoclassiques plus récents peut être considérée comme non réaliste.

Quelle que soit sa définition exacte, l’« homme économique » est-il

 Les premiers économistes néoclassiques penchaient vers les deux premières réponses, mais c’est la troisième qui semble être devenue dominante.

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3.4   L'illusion de lois économiques "scientifiques"

Léon Walras veut construire une science capable de distinguer dans l’activité humaine ce qui est le résultat des activités proprement économiques (concurrence) et ce qui relève de la morale. La science économique (considérée comme différente de l'économie politique) ne doit s’occuper que de ce qui permet de comprendre l’activité humaine pour construire une « économie pure » dont l’essence est que la valeur d'échange prend le caractère d’un fait naturel. Elle évacue ainsi les problèmes de justice sociale (objet d’un autre combat).

On reproche à l’économie néoclassique de reposer trop lourdement sur des modèles mathématiques complexes comme ceux qu’utilise la théorie de l’équilibre général, sans se demander si ces modèles décrivent bien l’économie réelle. Nombreux sont ceux qui pensent que toute tentative de représenter un système aussi complexe que l’économie moderne par un modèle mathématique est irréaliste et vouée à l’échec. Une réponse à cette critique a été proposée par Milton Friedman, pour qui les théories doivent être jugées d’après leur capacité à prédire les évènements plutôt que par le réalisme de leurs hypothèses. Bien entendu, les critiques rétorquent que l’économie néoclassique (comme d’autres branches de l’économie) n’a pas fait la preuve d’une grande réussite dans ses prédictions.

Le modèle de l'équilibre général est un modèle statique, inadapté à une économie réelle qui évolue

Le modèle de l’équilibre général est impuissant par construction à décrire une économie qui évolue dans le temps et où le capital joue un rôle essentiel. Ce fut l’objet dans les années 1960 d’un débat entre des économistes du MIT (Cambridge (Massachusetts)) et de l'Université de Cambridge (Angleterre) connu comme « la guerre des deux Cambridge », où Piero Sraffa et Joan Robinson remettaient en cause les thèses néoclassiques.

D’autres économistes ont étudié la stabilité et l’unicité de l’équilibre général. Le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu énonce que l'équilibre ne peut être stable qu'au prix d'hypothèses trop restrictives, ce qui tend à montrer que l'équilibre général est une construction inutilisable. Ce théorème montre que les fonctions de demande et d’offre issues du modèle de l'équilibre général de Kenneth Arrow et Gérard Debreu peuvent avoir une forme quelconque, ce qui réfute le résultat de l’unicité et de la stabilité de l’équilibre général. Comme le résume un économiste, « le théorème de Sonnenschein-Mantel-Debreu montre que l'équilibre général n'est en définitive qu'une construction vide et inutilisable. »

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3.5  Tous les grands pays industriels ont émergé dans le cadre d'une politique protectionniste

Absolument tous les pays industriels ont émergé en appliquant une politique protectionniste pour protéger leur industrie naissante de la concurrence mondiale.

La seule exception est le Royaume-Uni, qui ayant été le pays de naissance de la révolution industrielle n'avait pas à se protéger de la concurrence étrangère.

La théorie neo-classique, qui pose comme un fait irréfutable que le libre échange a des effets positifs pour tous, est totalement coupée de la réalité historique de l'émergence d'absolument tous les pays industrialisés.

Pour réussir leur décollage industriel, les pays émergents doivent à la fois se doter d'un marché intérieur concurrentiel suffisamment large et se protéger de la concurrence étrangère des pays plus compétitifs par les prix ou la technologie. Ce n'est qu'une fois arrivé à maturité que l'ouverture à la concurrence internationale devient nécessaire, pour maintenir un marché intérieur concurrentiel, qui sinon serait sclérosé par les monopoles ou oligopoles nationaux.

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3.6  Les crises sont structurelles au fonctionnement d'une économie capitaliste

Dès l'époque classique, Sismondi et Malthus avaient démontré qu'il pouvait y avoir des crises de sur-production par rapport une demande solvable insufisante, les ouvriers ayant de trop faibles salaires pour écouler une production de masse.

Marx reprend les travaux de Sismondi et de Malthus pour démontrer que des taux de profits élevés créent des bulles spéculatives sur les marchés boursiers, mais aussi sur les secteurs d'activité émergents.

En 1862, Juglar met en évidence les cycles économiques de 8 à 10 ans, constitués de 3 phases : expansion, crise et liquidation.

Entre 1908 et 1913, Albert Aftalion explique la surcapitalisation dans les secteurs émergents du fait du décalage entre l'ajustement des capacités de production et la demande effective. Lorsque le marché arrive a maturité, la mise en service des unités de production construites au cours de la dernière période de forte croissance créent instantanément d'importantes sur-capacités de production.

En 1922, Kondratiev décrit des cycles de 50 ans, liés aux grands vagues d'innovations technologiques.

3.7 Incapacité à répondre aux grandes crises économiques

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Incapacité à répondre à la crise de la demande des années 30

Lors du crack boursier de 1929, les anticipations des spéculateurs sur la poursuite de l'effondrement de Wall Strett deviennent auto réalisatrices. L'investissement est stoppé net et la demande solvable s'écroule avec l'explosion du nombre de chômeurs. Suivant la doctrine de l'Ecole Néo-Classique, l'Etat n'intervient pas pour enrayer l'effondrement de l'économie.

En 1930, l'économie allemande subit le choc de la récession américaine : les exportations allemandes baissent de moitié, le chômage augmente et la baisse de la demande se propage à l'ensemble de l'économie allemande.

Lorsque Heinrich Brüning devient chancelier le 28 Mars 1930, hanté par le souvenir de l'hyperinflation des années 20, il applique au pied de la lettre la politique d'offre de l'Ecole Néo-Classique pour relancer l'économie :

Au final, l'effondrement du marché intérieur s'ajoute à l'effondrement des exportations et l'économie allemande a sombré dans la crise. L'impopularité des mesures prises par le chancelier Brüning et l'échec total de sa politique de l'offre va contribuer à l'ascension du National-Socialisme de Hitler, qui va relancer l'économie avec les dépenses publiques pour le réarmement.

Incapacité à répondre à la crise des dettes souveraines des années 2010

Dans les années 2010, la Grêce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie sont confrontés à une crise des dettes souveraines. Le FMI et l'Union Européenne imposent une politique comparable à celle du chancelier Brüning des années 30 :

Au final, l'effondrement du marché intérieur s'ajoute à la crise de liquidité et de montée des taux d'intérêts liés à la perte de confiance des marchés dans les dettes souveraines.

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3.7   Comme le Marxisme, le néo-libéralisme est une idéologie qui rompt avec l'approche scientifique de l'école classique

C'est au moment même où les premiers géants industriels se constituaient avec la deuxième révolution industrielle que l'école néo-classique postulait, contre toute évidence, que le tissu industriel était constitué d'une multitude de petits producteurs, isolés les uns des autres et sans influence sur le marché.

De la même façon, c'est au moment même où les travailleurs se constituaient en syndicats, pour contrebalancer la concentration de la production sous le contrôle de géants industriels, que l'école néo-classique postulait que les agents économiques étaient des individus isolés les uns des autres, uniquement motivés par leur seul intérêt individuel. Ce qui par construction est illogique, puisque aussi bien les capitalistes que les travailleurs ont intérêt à se regrouper pour défendre leurs intérêts individuels.

Comme le Marxisme, l'école néo-libérale masquait derrière un pseudo-scientifisme une vision du monde avant tout idéologique, totalement coupée de la réalité du monde, en totale rupture avec la démarche de l'école classique.

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3.8   Les idéologues de l'école néo-classique partagent avec les marxistes la même culture du déni du réel.

Alors que la recherche du taux de profit maximal rend les capitalistes financiers aveugles aux bulles sur les marchés financiers, aux bulles immobilières, aux bulles sur les secteurs d'activité en forte croissance, les idéologues de l'école classique affirment que les individus sont rationnels, disposent d'une information complète et que les crises des marchés sont théoriquement impossibles.

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